Écrire avec la lumière : Le processus créatif d’un concepteur d’éclairages

Origines lumineuses
Jean-Paul Haure Studio a vu le jour en 2003, lorsque Jean-Paul (photo ci-dessous) a décidé de se consacrer entièrement à la conception d'éclairages, à la scénographie et à la direction artistique, après avoir passé plusieurs années à explorer la lumière dans le cadre de festivals de danse traditionnelle et de ses premiers travaux dans le domaine événementiel.
« J'ai eu la chance de pouvoir travailler comme concepteur d’éclairages pour des troupes de danse et d'arts traditionnels dès mon plus jeune âge », se souvient Jean-Paul, « ce qui m'a permis d'expérimenter avec la lumière, mais surtout avec les couleurs, les matériaux, et en particulier les textiles et les costumes de scène. »
Cette curiosité l'a rapidement poussé à dépasser les limites habituelles de la technologie événementielle. Lors du Téléthon Paris en 2013, Jean-Paul a mis au point un système dans lequel les artistes parcouraient un trajet de 1,7 kilomètre avec des ballons géants remplis d'hélium et éclairés de l'intérieur, alimentés par des générateurs portatifs et guidés pour se déplacer comme une procession lumineuse à travers la ville.

Le résultat ressemblait moins à une prouesse technique qu'à une illustration lumineuse itinérante, signe précoce de l'instinct de Jean-Paul à dissimuler la complexité afin que le public puisse vivre une émotion pure.
Adolescent, Sadry (photo ci-dessous) a commencé à suivre son père sur les lieux de production chaque été et à chercher des moyens de contribuer. Après avoir réalisé qu'il existait un manque en matière de support rapide pour le montage visuel, audio et vidéo, il a appris seul à utiliser les outils Adobe, a commencé à monter des films après les événements et a finalement découvert que sa propre passion résidait dans la technologie et les activités commerciales qui entourent le travail créatif plutôt que dans le design lui-même.

« Le partage des tâches est simple : il est le moteur créatif, et je m'occupe des aspects commerciaux et opérationnels pour soutenir notre expansion », explique Sadry, décrivant comment sa formation en gestion d'entreprise soutient aujourd'hui la croissance internationale de Jean-Paul Haure Studio.
Travailler en étroite collaboration avec son père, qui est sourd, a également façonné la façon dont Sadry comprend la vision du monde de celui-ci. La surdité de Jean-Paul lui pose des défis quotidiens dans sa vie et son travail, mais sa persévérance est devenue un exemple discret de courage qui inspire la manière dont le studio défend les personnes atteintes de handicaps « invisibles », en particulier dans un secteur qui les néglige souvent. « Sa surdité a bien sûr été un défi de taille dans sa vie et son travail, mais il n'a jamais abandonné », explique Sadry, ajoutant qu'il espère que leur collaboration montrera que ces défis « peuvent être des signes de force, et non de faiblesse ».
Le langage stylistique de Jean-Paul Haure Studio
Chez Jean-Paul Haure Studio, la lumière n'est jamais seulement un moyen d'éclairage : c'est le langage principal d'un design qui se veut poétique et centré sur l'humain avant d'être technique.
Le studio recherche une touche sensible dans chaque projet, cherchant à « transcender la technique » tout en maîtrisant tous les outils nécessaires à la réalisation de décors complexes et d'environnements événementiels.
« J'aime dire que ‘la lumière écrit et l'ombre transporte l'émotion’ : c'est le cœur de notre philosophie chez Jean-Paul Haure Studio », explique Jean-Paul.
Le processus du concepteur commence toujours par des mots. « Il y a une chose qui ne change jamais au début : une feuille de papier vierge, que ce soit dans un carnet de croquis ou dans Vectorworks », explique-t-il, précisant qu'il ne part jamais d'un modèle, mais d'un titre, de fragments d'écriture dans un carnet et des images mentales que la demande d'un client évoque.
Entouré de livres sur le design, la mode, l'architecture et l'éclairage qu'il qualifie de « gardiens de mon imagination », Jean-Paul écrit les sentiments et les significations qu'il souhaite exprimer dans une scène, puis esquisse des univers simples mais structurés qui lui semblent déjà réalistes dans son esprit avant de passer à l'espace numérique.

Cette philosophie a guidé le travail de Jean-Paul Haure Studio pour le prochain salon CNA 2026, le Congrès national des avocats français, qui accueillera plus de 6000 participants pendant trois jours. « L'agence qui nous a sollicités souhaitait mettre en avant l'identité régionale et le mode de vie local », explique Jean-Paul, décrivant le cahier des charges qui lui demandait de traduire le charme du sud de la France, notamment son soleil, son architecture, ses paysages et ses couleurs.
Ainsi, plutôt que de concevoir un aménagement conventionnel et neutre, le studio a imaginé un environnement où les avocats évoluent entre des espaces de réunion baignés de lumière, des zones de repos ombragées et des espaces sociaux qui reflètent tous l'ouverture et la chaleur de la région hôte.


Pour atteindre cet objectif, il fallait allier poésie et rigueur. Le design devait intégrer plusieurs zones distinctes, chacune pouvant accueillir jusqu'à 4000 personnes. Jean-Paul a donc traité la circulation, les lignes de vue et les moments de repos comme faisant partie intégrante de l'histoire, en chorégraphiant la façon dont les visiteurs se déplaceraient entre les sessions, rencontreraient des arbres et des éléments naturels, tout en continuant à se sentir collectivement partie prenante d'un seul et même événement, et non dispersés dans un labyrinthe de salles.
Utiliser Vectorworks Spotlight comme « troisième main »
Avec sa première licence Vectorworks Spotlight en 2003, Jean-Paul Haure Studio s'est concentré sur les dessins 2D, les plans et les schémas techniques pour les événements. Au fil du temps, le studio s'est développé dans les workflows 3D et hybrides 2D/3D du logiciel. Plus récemment, le studio a ajouté Vectorworks Design Suite et ConnectCAD à son répertoire.
Jean-Paul considère le dessin numérique comme une extension de ses carnets, dans lesquels il note ses intentions pour un projet. « Avec Vectorworks, je mets en œuvre une méthodologie de traçage spécifique à chaque projet, en utilisant un système de grilles, d’angles et de points de vue depuis la perspective des spectateurs ou des visiteurs », explique-t-il. Commencer par des formes 2D de base lui permet de mieux comprendre l'espace. Ensuite, il fait évoluer ces formes avec des textures, des détails et des données.
Il passe sans cesse de ses notes manuscrites à Vectorworks, qu'il qualifie de « troisième main », et attribue souvent d'abord des textures de couleurs simples afin de pouvoir revenir plus tard pour un rendu complet, un rythme qui lui permet de se concentrer sur les sensations et la structure pendant que le design évolue.

Cette méthode s'est avérée particulièrement efficace pour le CNA 2026. À partir d'un simple plan du hall fourni par l'agence au format PDF, Jean-Paul a reconstruit le centre d'exposition MEET dans Vectorworks et a modélisé des éléments clés tels qu'un écran LED circulaire (ci-dessus) surplombant la scène centrale, des zones de réunion et de repos, et de grandes salles à manger qui restent accueillantes malgré leur taille.

Jean-Paul a également produit des rendus 3D immersifs et des perspectives qui ont aidé les clients à se projeter immédiatement dans le concept et à en comprendre l'atmosphère. Pour les prestataires de services, ce même modèle a permis de générer une documentation précise sur l'éclairage, la distribution électrique et les exigences audiovisuelles, jusqu'aux positions calibrées au millimètre près des luminaires et des pièces sur mesure, tout en conservant intacte la ligne directrice littéraire du projet.
Trouver de nouvelles opportunités
Même avec ce flux de travail numérique éprouvé, Jean-Paul Haure Studio continue de rechercher de nouveaux outils créatifs, en particulier l'intelligence artificielle (IA), afin d'approfondir le processus artistique plutôt que de le raccourcir.
Jean-Paul et Sadry ont passé beaucoup de temps à former l'IA, en utilisant des termes techniques, des nuanciers de couleurs, un langage photométrique et des directives photographiques pour enseigner aux systèmes comment parler leur propre dialecte visuel.
« L'intelligence artificielle est une question de mots, et c'est parfait, car nous aimons écrire et décrire les scénographies et les choix esthétiques que nous proposons », explique Jean-Paul, décrivant des prompts qui ressemblent davantage à de courts poèmes sur la lumière, la texture et l'atmosphère qu'à de simples commandes.
Pour le concepteur, l'IA apporte des textures, des visuels d'arrière-plan et des images d'ambiance préliminaires. Il souligne que des fonctionnalités telles que le Visualisateur IA de Vectorworks témoignent du présent et de l'avenir prometteurs de la technologie IA.

La force de Jean-Paul en tant que concepteur et écrivain façonne sa manière d'aborder ces outils. Il insiste sur le fait que « l'IA a besoin de sens, d'intelligence, de sensibilité et d'émotion, car elle manque finalement de ces caractéristiques inhérentes à l'être humain ». Il considère son travail de conception comme un acte d'interprétation d'un texte, d'un script ou d'une idée dans l'espace et le temps.
Sans cette lecture sensible, il estime que l'IA ne peut offrir une interprétation originale. C'est pourquoi ses prompts comportent des instructions émotionnelles et techniques détaillées qui reflètent la façon dont il « écrit la lumière » avant de la dessiner. Pour Jean-Paul Haure Studio, la créativité passe d'abord par l'inspiration ; l'utilité du résultat reflète la qualité de cet effort imaginatif initial, faisant de l'IA « un acteur supplémentaire dans notre imagination et dans la manière dont nous la nourrissons, la régénérons et la faisons rêver ».
Cette recherche de nouvelles voies créatives rejoint une citation de l'architecte d'origine japonaise Tadao Andō que Jean-Paul garde à l'esprit : « N'abandonnez jamais. Et trouvez des opportunités de votre propre initiative. Ne comptez pas sur les autres, mais concentrez-vous sur les chemins que vous trouvez pour vous-même. Si vous approuvez cette nouvelle façon de vivre, pourquoi ne pas continuer ? »
L'IA est l'un de ces chemins, mais il en va de même pour les projets qu'il développe entièrement dans Vectorworks Spotlight sans aucune commande de client, qui servent à la fois de terrain d'entraînement et d'évasion artistique. « Créer des designs avec Vectorworks est devenu un exutoire artistique puissant et réparateur », dit-il, soulignant qu'au cours d'une année, plus de 30 projets gratuits peuvent naître de son imagination pour devenir des perspectives 3D complètes.
L'une de ses études en cours est un concept de défilé de mode, un univers qui fascine Jean-Paul car il concentre l'artisanat, l'émotion, la photographie et l'identité de marque dans un spectacle bref de 20 ou 30 minutes ayant un impact médiatique énorme.
Pour cet événement imaginaire, il a exploré un plan d'étage entièrement incurvé où une passerelle, des bancs pour les invités, des réflecteurs au plafond et des éclairages décoratifs suivent tous des lignes fluides, puis a utilisé Vectorworks Spotlight pour créer des décors incurvés, tester les élévations et générer rapidement des rendus filaires et volumétriques. Des caméras ont été placées de manière à correspondre aux points de vue des invités et des médias, ce qui a conduit à la création de sièges légèrement en gradins et à une constellation de détails tels que des cadeaux pour les invités sur les bancs, des panneaux de signalisation et des papillons dorés suspendus qui font écho à l'esprit de la collection couture.

Ces projets permettent à Jean-Paul de maintenir ses compétences à niveau, de repousser les limites de son imagination au-delà des contraintes imposées par les clients et de constituer des portfolios de validation de concept qui démontrent ce que Jean-Paul Haure Studio peut réaliser lorsqu'il reçoit le bon brief. « Je recherche, j'explore, je transforme une erreur, une contrainte, en une idée puissante », a-t-il déclaré à propos de cette pratique continue, soulignant à quel point les petites erreurs dans Vectorworks deviennent souvent de nouveaux éléments de décor une fois explorées en profondeur.
Qu'il s'agisse d'éclairer de véritables salons professionnels ou d'imaginer des podiums de couture fictifs, Jean-Paul et Sadry reviennent toujours à la même conviction fondamentale : chaque espace recèle une histoire, et chaque histoire peut être écrite avec la lumière.



